Le Psaume 1 - " Heureux est l'homme qui n'entre pas au conseil des méchants " en français (AELF) :

Ps 1, 01 : Heureux est l'homme qui n'entre pas au conseil des méchants, qui ne suit pas le chemin des pécheurs, ne siège pas avec ceux qui ricanent,
Ps 1, 02 : mais se plaît dans la loi du Seigneur et murmure sa loi jour et nuit !
Ps 1, 03 : Il est comme un arbre planté près d'un ruisseau, qui donne du fruit en son temps, et jamais son feuillage ne meurt ; tout ce qu'il entreprend réussira,
Ps 1, 04 : tel n'est pas le sort des méchants. Mais ils sont comme la paille balayée par le vent :
Ps 1, 05 : au jugement, les méchants ne se lèveront pas, ni les pécheurs au rassemblement des justes.
Ps 1, 06 : Le Seigneur connaît le chemin des justes, mais le chemin des méchants se perdra.

Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit, pour les siècles des siècles. Amen.


Le Psaume 1 - "Les deux voies" (traduction de la Bible de Jérusalem de 1998) en français :

Ps 1, 1 : Heureux l’homme qui ne suit pas le conseil des impies, ni dans la voie des pécheurs ne s’arrête, ni au siège des railleurs ne s’assied,
Ps 1, 2 : mais se plaît dans la loi de Yahvé, mais murmure sa loi jour et nuit !
Ps 1, 3 : Il est comme un arbre planté près des ruisseaux ; qui donne son fruit en la saison et jamais son feuillage ne sèche ; tout ce qu’il fait réussit :
Ps 1, 4 : pour les impies rien de tel ! Mais ils sont comme la bale qu’emporte le vent.
Ps 1, 5 : Ainsi, les impies ne tiendront pas au Jugement, ni les pécheurs, à l’assemblée des justes.
Ps 1, 6 : Car Yahvé connaît la voie des justes, mais la voie des impies se perd.

Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit, pour les siècles des siècles. Amen.


Le Psaume 1 en latin : "Beatus vir"

Ps 1, 1 : Beatus vir qui non abiit in consilio impiorum et in via peccatorum non stetit in cathedra derisorum non sedit
Ps 1, 2 : sed in lege Domini voluntas eius et in lege eius meditabitur die ac nocte
Ps 1, 3 : et erit tamquam lignum transplantatum iuxta rivulos aquarum quod fructum suum dabit in tempore suo et folium eius non defluet et omne quod fecerit prosperabitur
Ps 1, 4 : non sic impii sed tamquam pulvis quem proicit ventus
Ps 1, 5 : propterea non resurgent impii in iudicio neque peccatores in congregatione iustorum
Ps 1, 6 : quoniam novit Dominus viam iustorum et iter impiorum peribit

Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto, sicut erat in principio, et nunc et semper, et in saecula saeculorum. Amen.




Commentaire de Saint Ambroise sur le Psaume 1 : « Puissance poétique et prophétique des psaumes »

Bien que toute la sainte Écriture exhale la grâce, c'est surtout vrai du savoureux livre des psaumes. En effet, Moïse lui-même, qui nous a raconté en prose l'histoire des anciens, lorsqu'il a fait passer la mer Rouge à leur peuple par une merveille mémorable, voyant le roi Pharaon s'engloutir avec ses troupes, dépassa encore son génie (parce qu'il avait réalisé ce qui dépassait les forces humaines) et chanta au Seigneur un cantique triomphal. Sa sœur Marie, prenant à son tour le tambourin, excitait ses compagnes en disant : Chantons le Seigneur, il s'est couvert de gloire ; le cheval et le guerrier, il les a jetés à la mer.

L'histoire éduque, la loi enseigne, la prophétie annonce, la réprimande châtie, la morale persuade : dans le livre des psaumes, on trouve l'avancement de tous et comme un remède pour la santé du genre humain. Il suffit de les lire pour avoir de quoi guérir les blessures de sa souffrance par un remède approprié. Il suffit de vouloir les considérer pour découvrir, comme dans un gymnase ouvert à toutes les âmes et comme dans un stade consacré à l'exercice des vertus, les différents genres de combats qui nous attendent ; et l'on peut y choisir celui auquel on se juge le plus apte et par lequel on remportera plus facilement la couronne.

Si quelqu'un cherche à récapituler l'histoire des anciens et veut en suivre les exemples, il possède, résumé dans un seul psaume, tout l'enchaînement de cette histoire, afin de garder ce trésor dans sa mémoire grâce au résumé fourni par cette lecture. Si quelqu'un veut découvrir la force de la loi, qui réside tout entière dans ce lien qu'est la charité (car celui qui aime son prochain a parfaitement accompli la loi), qu'il lise dans les psaumes avec quel amour du prochain, pour repousser l'injure faite à tout le peuple, un seul homme s'expose à de grands dangers ; il y découvrira que la gloire de l'amour n'est pas inférieure au triomphe de la bravoure.

Quant à la vigueur de la prophétie, que puis-je en dire ? Ce que d'autres ont annoncé de façon énigmatique, ne semble avoir été promis de façon publique et évidente qu'au seul David, à savoir que le Seigneur Jésus naîtrait de sa descendance, car le Seigneur lui a dit : C'est le fruit de tes entrailles que je mettrai sur ton trône. Aussi dans les psaumes ne voyons-nous pas seulement Jésus qui naît pour nous ; en outre, il y endure dans son corps cette passion qui nous sauve, il s'y endort dans la mort, il ressuscite, il monte au ciel, il s'assied à la droite du Père. Ce que personne parmi les hommes n'avait eu l'audace de dire, ce prophète est le seul à l'avoir annoncé ici ; et plus tard, c'est le Seigneur lui-même qui l'a proclamé dans l'Évangile.


Le psaume, louange de l'univers :

Qu'y a-t-il de meilleur qu'un psaume ? C'est pourquoi David dit très bien : « Louez le Seigneur, car le psaume est une bonne chose à notre Dieu, louange douce et belle ! » Et c'est vrai. Car le psaume est bénédiction prononcée par le peuple, louange de Dieu par l'assemblée, applaudissement par tous, parole dite par l'univers, voix de l'Église, mélodieuse profession de foi, complète célébration par la hiérarchie, allégresse de la liberté, exclamation de joie, tressaillement d'enthousiasme. Il calme la colère, éloigne les soucis, soulage la tristesse. Il nous protège pour la nuit, il nous instruit pour le jour. Il est bouclier des craintifs, fête des hommes religieux, rayon de tranquillité, gage de paix et de concorde. Comme une cithare, il réunit en un seul chant des voix diverses et inégales. Le lever du jour répercute le psaume, et son déclin en résonne encore.

Dans le psaume, enseignement et agrément rivalisent ; on le chante pour se réjouir et en même temps on l'apprend pour s'instruire. Lorsque tu lis les psaumes, que de richesses tu rencontres ! Lorsque je lis dans les psaumes : « Cantique pour le bien-aimé » , je suis embrasé par un désir d'amour divin. Chez eux, je trouve rassemblés la grâce des révélations, les prophéties de la résurrection, le trésor des promesses. Chez eux, j'apprends à éviter le péché, je désapprends la honte de faire pénitence pour mes fautes.

Qu'est-ce donc que le psaume ? C'est un instrument de musique dont joue le saint Prophète avec l'archet du Saint-Esprit et dont il fait résonner sur la terre la douceur céleste. Avec les lyres et leurs cordes, c'est-à-dire avec des restes morts, il rythme les voix différentes et inégales et dirige le cantique de louange divine vers les hauteurs du ciel. En même temps, il nous enseigne qu'il faut commencer par mourir au péché, qu'ensuite seulement il faudra exercer les œuvres des différentes vertus qui feront parvenir jusqu'au Seigneur l'agrément de notre piété.

David nous a enseigné à chanter intérieurement, à psalmodier intérieurement ; c'est ainsi que Paul lui-même chantait, puisqu'il dit : « Je prierai avec mon esprit, mais je prierai aussi avec mon intelligence, je psalmodierai avec mon esprit, mais aussi avec mon intelligence ». David nous enseigne encore à orienter notre vie et nos actions vers la perspective des biens d'en haut, de crainte que le plaisir qu'on éprouve à chanter n'excite les passions du corps, car celles-ci, bien loin de racheter notre âme, l'appesantissent. C'est ainsi que le saint Prophète David se rappelle que son âme doit psalmodier pour son rachat, lorsqu'il dit : « Je jouerai le psaume pour toi, Dieu, sur la cithare, Saint d'Israël ! Mes lèvres jubileront lorsque je chanterai pour toi, et mon âme que tu as rachetée ».


Saint Ambroise de Milan (340-397)





Commentaire de Saint Augustin sur le Psaume 1 :

L’homme céleste et l’homme terrestre. — Le premier est Jésus Christ, le second est Adam pécheur. — Jésus-Christ ayant évité les pièges dans lesquels Adam trouva la mort, aura dans l’Eglise une postérité que formeront les saints. — Adam pécheur sera le père des impies.


1. « Bienheureux l’homme qui ne s’est point laissé aller au conseil des impies (Ps. I, 1) » Cette bénédiction doit s’appliquer à Jésus-Christ Notre Seigneur, qui est l’homme divin (Rétract. XIX). « Bienheureux l’homme qui ne s’est point laissé aller au conseil des impies », comme l’Adam terrestre, qui écouta sa femme séduite par le serpent, et méprisa le précepte du Seigneur (Gen. III, 6). « Et qui ne s’est pas arrêté dans la voie des pécheurs ». A la vérité, Jésus-Christ est venu dans la voie du péché, puisqu’il est né comme les pécheurs, mais il ne s’y est pas arrêté, car il ne s’est pas épris des attraits du monde. « Et ne s’est point assis dans la chaire de pestilence ». Car il ne voulut point avoir sur la terre un trône fastueux, et voilà ce qui est justement appelé trône pestilentiel; de même en effet que l’amour de la domination, que l’appétit de la vaine gloire se glisse dans presque toute âme humaine; de même la peste est cette maladie qui se répand au loin, attaquant tous les hommes ou à peu près. Une chaire de pestilence se dirait mieux néanmoins d’une doctrine perverse, dont l’enseignement est envahissant comme la gangrène (II Tim. II, 17). Voyons ensuite la gradation de ces termes: « S’en aller, s’arrêter, s’asseoir ». L’homme s’en est allé, quand il s’est retiré de Dieu; il s’est arrêté, quand il a pris plaisir au péché; il s’est assis, quand affermi dans son orgueil, il n’a pu retourner sans avoir pour libérateur celui qui ne s’est point laissé aller au conseil de l’impie, ne s’est point arrêté dans la voie des pécheurs, ni assis dans la chaire de pestilence.

2. « Mais qui s’est complu dans la loi du Seigneur, et qui méditera cette loi jour et nuit (Ps I, 2)». La loi n’est pas établie pour le juste (I Tim. I, 9), a dit l’Apôtre. Mais être dans la loi n’est pas être sous la loi. Etre dans la loi, c’est l’accomplir; être sous la loi, c’est en recevoir l’impulsion. Dans le premier cas, c’est la liberté, dans le second, c’est l’esclavage. Autre encore est la loi écrite qui s’impose à l’esclave, et autre la loi que lit, dans son cœur, celui qui n’a pas besoin de loi écrite. « Méditer la loi jour et nuit», signifie la méditer continuellement, ou bien « le jour » s’entendra de la joie, et « la nuit», de la tribulation; car il est dit: « Abraham vit mon jour et il en tressaillit de joie (Jean, VIII, 56) »; et à propos de la tribulation, le Psalmiste a dit: « Bien avant dans la nuit, mon cœur a été dans l’angoisse (Ps. XV, 7).

3. « Il sera comme l’arbre planté près du courant des eaux », c’est-à-dire près de la Sagesse elle-même, qui a daigné s’unir à l’homme pour notre salut, afin que l’homme fût un arbre planté près du courant des eaux; car c’est ainsi qu’on peut entendre cette autre parole du Psalmiste: « Le fleuve de Dieu est rempli d’eau (Ps. LXIV, 10) ». On peut encore entendre par les eaux, l’Esprit-Saint, dont il est dit: « C’est lui qui vous baptisera dans l’Esprit-Saint (Matt. III, 11) »; et cette autre: « Qu’il vienne, celui qui a soif, et qu’il boive (Jean, VII, 37) »; et encore « Si tu connaissais le don de Dieu, et qui est celui qui te demande à boire, tu lui en aurais u demandé toi-même, et il t’aurait donné cette eau vive qui étanche pour jamais la soif de celui qui en a bu; et qui devient en lui une source d’eau jaillissante jusqu’à la vie éternelle(Id. IV, 10-14) ». Ou bien, « près du courant des eaux »signifiera près des péchés des peuples; dans l’Apocalypse, en effet, les eaux désignent les peuples (Apoc. XVII, 15), et le courant se dirait de la chute qui est le propre du péché. Cet arbre donc, c’est Notre Seigneur, qui prend les eaux courantes, ou les peuples pécheurs, et se les assimile par les racines de son enseignement; » il « donnera du fruit », c’est-à-dire établira des églises, « en son temps », quand il aura été glorifié en ressuscitant et en montant au ciel. Ayant alors envoyé l’Esprit-Saint aux Apôtres, qu’il confirma dans la confiance en lui-même, et dispersa parmi les peuples, il recueillit pour fruits les églises. « Et son feuillage ne tombera point », car sa parole ne sera point inutile: « Toute chair, en effet; n’est qu’une herbe, toute beauté de l’homme est comme la fleur des champs; l’herbe s’est fanée, la fleur est tombée, mais la parole de Dieu demeure éternellement (Isa. XI, 6-8) ». « Et tout ce qu’il établira, sera dans la prospérité », c’est-à-dire tout ce que portera cet arbre; car cette généralité embrasse les fruits et les feuilles, ou les actes et les paroles.

4. « Il n’en est pas ainsi de l’impie, vaine poussière que le vent soulève de la surface de la terre (Ps. I, 4) ». Terre se dit ici de la permanence qui est le propre de Dieu, et dont il est écrit: « Le Seigneur est la part de mon héritage, et cet héritage m’est glorieux (Id. XV, 7) ». Et ailleurs: « Attends le Seigneur, garde ses voies, et il t’élèvera jusqu’à te mettre en possession de la terre (Id. XXXVI, 34)»; et encore: « Bienheureux ceux qui sont doux, parce qu’ils posséderont la terre (Matt. V, 4) ». Voici, en effet, le point de comparaison: c’est que la terre invisible sera pour l’homme intérieur ce qu’est pour l’homme extérieur cette terre visible qui lui donne l’aliment et l’espace. C’est de la surface de cette terre invisible que le vent ou l’orgueil qui enfle (I Cor. VIII, 1), chassera l’impie. Mais celui qui s’enivre de l’abondance qui règne en la maison de Dieu, qui s’abreuve au torrent de ses voluptés, se prémunit contre l’orgueil et dit: « Loin de moi le pied de l’orgueilleux (Ps. XXXV, 9, 12». De cette terre encore l’orgueil a banni celui qui disait: « Je placerai mon trône vers l’Aquilon, je serai semblable au Très-Haut (Isa. XIV, 13, 14) ». Enfin, de cette terre l’orgueil a expulsé celui qui osa goûter du fruit défendu, afin de devenir semblable à Dieu, et voulut se dérober à la présence du Seigneur (Gen. III, 6-8). Voici des paroles de l’Ecriture qui nous font bien comprendre que cette terre est l’apanage de l’homme intérieur, et que l’orgueil en a expulsé l’homme du péché: « De quoi t’enorgueillir, cendre et poussière ? Pendant ta vie, tu as rejeté loin de toi ton intérieur (Eccli. X, 9, 10)»; d’où l’on peut dire avec raison que s’il est rejeté, c’est par lui-même.

5. « Aussi, l’impie ne doit-il point ressusciter pour le jugement (Ps. I, 5)», puisqu’il est balayé de la terre comme une vaine poussière. C’est avec justice que le Psalmiste dit ici que l’orgueilleux sera frustré de ce qu’il ambitionne, ou du pouvoir de juger: aussi nous fait-il mieux comprendre cette parole dans la phrase suivante: « Ni le pécheur dans l’assemblée des justes ». Il est d’ordinaire, dans l’Ecriture, que la seconde partie du verset explique la première, en sorte que « par l’impie » on doit entendre le pécheur, et par « le jugement », l’assemblée des justes. Ou du moins, s’il y a entre l’impie et le pécheur cette différence que tout impie soit pécheur, quoique tout pécheur ne soit pas toujours impie, « l’impie ne ressuscitera point pour le jugement », c’est-à-dire qu’il ressuscitera, sans aucun doute, mais non pour être jugé, car il est déjà condamné à des peines indubitables. « Mais le pécheur ne se relèvera point dans l’assemblée des justes », ou pour juger, mais bien pour être jugé, comme il est dit de lui: « Le feu doit éprouver l’œuvre de chacun: celui dont l’ouvrage pourra résister, en recevra la récompense; celui dont l’ouvrage sera consumé en subira la peine; lui cependant sera « sauvé, mais comme par le feu (I Cor. III, 13-15) ».

6. « Le Seigneur, en effet, connaît la voie des justes (Ps. I, 6) ». Comme on dit: « La médecine connaît la guérison, mais non la maladie », et toutefois la maladie elle-même est connue par l’art médical; on peut dire dans le même sens que Dieu connaît la race des justes, et non la race des impies; non pas que Dieu ignore quelque chose, bien qu’il dise aux pécheurs: «Je ne vous connais-point (Matt. VII, 23) ». « Mais la voie de l’impie doit périr», se dit dans le même sens que si on lisait: Le Seigneur ne connaît point la voie de l’impie. Mais nous voyons clairement par là que celui qui est ignoré de Dieu doit mourir, comme celui qui en est connu doit subsister. En Dieu, être connu, c’est être; être ignoré, c’est n’être pas. Il a dit en effet: «Je suis celui qui suis», et « Celui qui est, m’a envoyé (Exod. III, 14) ».


Saint Augustin (354-430)

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