Le Psaume 21 (22) en français (La Bible de Jérusalem, 1998) :

Prière du serviteur souffrant : pourquoi tant de solitude ? En criant vers le Père, au coeur de sa souffrance, Jésus nous a donné les mots qui ouvrent l'espérance. Dieu n'abandonne jamais ses enfants. Qu'ils exultent de joie ceux qui ont remis leur vie entre ses mains ! Qu'ils proclament son oeuvre de grâce !

Ps 21:01- Du maître de chant. Sur "la biche de l'aurore." Psaume. De David.
Ps 21:02- Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? Loin de me sauver, les paroles que je rugis !
Ps 21:03- Mon Dieu, le jour j'appelle et tu ne réponds pas, la nuit, point de silence pour moi.
Ps 21:04- Et toi, le Saint, qui habites les louanges d'Israël !
Ps 21:05- en toi nos pères avaient confiance, confiance, et tu les délivrais,
Ps 21:06- vers toi ils criaient, et ils échappaient, en toi leur confiance, et ils n'avaient pas honte.
Ps 21:07- Et moi, ver et non pas homme, risée des gens, mépris du peuple,
Ps 21:08- tous ceux qui me voient me bafouent, leur bouche ricane, ils hochent la tête
Ps 21:09- "Il s'est remis à Yahvé, qu'il le délivre ! qu'il le libère, puisqu'il est son ami !"
Ps 21:10- C'est toi qui m'as tiré du ventre, ma confiance près des mamelles de ma mère;
Ps 21:11- sur toi je fus jeté au sortir des entrailles; dès le ventre de ma mère, mon Dieu c'est toi.
Ps 21:12- Ne sois pas loin : proche est l'angoisse, point de secours !
Ps 21:13- Des taureaux nombreux me cernent, de fortes bêtes de Bashân m'encerclent;
Ps 21:14- contre moi bâille leur gueule, lions lacérant et rugissant.
Ps 21:15- Comme l'eau je m'écoule et tous mes os se disloquent; mon cœur est pareil à la cire, il fond au milieu de mes viscères;
Ps 21:16- mon palais est sec comme un tesson, et ma langue collée à ma mâchoire. Tu me couches dans la poussière de la mort.
Ps 21:17- Des chiens nombreux me cernent, une bande de vauriens m'entoure; comme pour déchiqueter mes mains et mes pieds.
Ps 21:18- Je peux compter tous mes os, les gens me voient, ils me regardent;
Ps 21:19- ils partagent entre eux mes habits et tirent au sort mon vêtement.
Ps 21:20- Mais toi, Yahvé, ne sois pas loin, ô ma force, vite à mon aide;
Ps 21:21- délivre de l'épée mon âme, de la patte du chien, mon unique;
Ps 21:22- sauve-moi de la gueule du lion, de la corne du taureau, ma pauvre âme.
Ps 21:23- J'annoncerai ton nom à mes frères, en pleine assemblée je te louerai
Ps 21:24- "Vous qui craignez Yahvé, louez-le, toute la race de Jacob, glorifiez-le, redoutez-le, toute la race d'Israël."
Ps 21:25- Car il n'a point méprisé, ni dédaigné la pauvreté du pauvre, ni caché de lui sa face, mais, invoqué par lui, il écouta.
Ps 21:26- De toi vient ma louange dans la grande assemblée, j'accomplirai mes vœux devant ceux qui le craignent.
Ps 21:27- Les pauvres mangeront et seront rassasiés. Ils loueront Yahvé, ceux qui le cherchent "que vive votre cœur à jamais !"
Ps 21:28- Tous les lointains de la terre se souviendront et reviendront vers Yahvé; toutes les familles des nations se prosterneront devant lui.
Ps 21:29- A Yahvé la royauté, au maître des nations !
Ps 21:30- Oui, devant lui seul se prosterneront tous les puissants de la terre, devant lui se courberont tous ceux qui descendent à la poussière et pour celui qui ne vit plus,
Ps 21:31- sa lignée le servira, elle annoncera le Seigneur aux âges
Ps 21:32- à venir, elle racontera aux peuples à naître sa justice il l'a faite !

Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit, pour les siècles des siècles. Amen.



Le Psaume 21 (22) en français (AELF : Association Épiscopale Liturgique pour les pays Francophones) :

Ps 21, 02 : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? * Le salut est loin de moi, loin des mots que je rugis.
Ps 21, 03 : Mon Dieu, j'appelle tout le jour, et tu ne réponds pas ; * même la nuit, je n'ai pas de repos.
Ps 21, 04 : Toi, pourtant, tu es saint, toi qui habites les hymnes d'Israël !
Ps 21, 05 : C'est en toi que nos pères espéraient, ils espéraient et tu les délivrais.
Ps 21, 06 : Quand ils criaient vers toi, ils échappaient ; en toi ils espéraient et n'étaient pas déçus.
Ps 21, 07 : Et moi, je suis un ver, pas un homme, raillé par les gens, rejeté par le peuple.
Ps 21, 08 : Tous ceux qui me voient me bafouent, ils ricanent et hochent la tête :
Ps 21, 09 : « Il comptait sur le Seigneur : qu'il le délivre ! Qu'il le sauve, puisqu'il est son ami ! »
Ps 21, 10 : C'est toi qui m'as tiré du ventre de ma mère, qui m'a mis en sûreté entre ses bras.
Ps 21, 11 : A toi je fus confié dès ma naissance ; dès le ventre de ma mère, tu es mon Dieu.
Ps 21, 12 : Ne sois pas loin : l'angoisse est proche, je n'ai personne pour m'aider.
Ps 21, 13 : Des fauves nombreux me cernent, des taureaux de Basan m'encerclent.
Ps 21, 14 : Des lions qui déchirent et rugissent ouvrent leur gueule contre moi.
Ps 21, 15 : Je suis comme l'eau qui se répand, tous mes membres se disloquent. Mon cœur est comme la cire, il fond au milieu de mes entrailles.
Ps 21, 16 : Ma vigueur a séché comme l'argile, ma langue colle à mon palais. Tu me mènes à la poussière de la mort. +
Ps 21, 17 : Oui, des chiens me cernent, une bande de vauriens m'entoure. Ils me percent les mains et les pieds ;
Ps 21, 18 : je peux compter tous mes os. Ces gens me voient, ils me regardent. +
Ps 21, 19 : Ils partagent entre eux mes habits et tirent au sort mon vêtement.
Ps 21, 20 : Mais toi, Seigneur, ne sois pas loin : ô ma force, viens vite à mon aide !
Ps 21, 21 : Préserve ma vie de l'épée, arrache-moi aux griffes du chien ;
Ps 21, 22 : sauve-moi de la gueule du lion et de la corne des buffles. Tu m'as répondu ! +
Ps 21, 23 : Et je proclame ton nom devant mes frères, je te loue en pleine assemblée.
Ps 21, 24 : Vous qui le craignez, louez le Seigneur, + glorifiez-le, vous tous, descendants de Jacob, vous tous, redoutez-le, descendants d'Israël.
Ps 21, 25 : Car il n'a pas rejeté, il n'a pas réprouvé le malheureux dans sa misère ; il ne s'est pas voilé la face devant lui, mais il entend sa plainte.
Ps 21, 26 : Tu seras ma louange dans la grande assemblée ; devant ceux qui te craignent, je tiendrai mes promesses.
Ps 21, 27 : Les pauvres mangeront : ils seront rassasiés ; ils loueront le Seigneur, ceux qui le cherchent : « A vous, toujours, la vie et la joie ! »
Ps 21, 28 : La terre entière se souviendra et reviendra vers le Seigneur, chaque famille de nations se prosternera devant lui :
Ps 21, 29 : « Oui, au Seigneur la royauté, le pouvoir sur les nations ! »
Ps 21, 30 : Tous ceux qui festoyaient s'inclinent ; promis à la mort, ils plient en sa présence.
Ps 21, 31 : Et moi, je vis pour lui : ma descendance le servira ; on annoncera le Seigneur aux générations à venir.
Ps 21, 32 : On proclamera sa justice au peuple qui va naître : Voilà son œuvre !

Gloire au Père, au Fils, et au Saint-Esprit, comme il était au commencement, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.



Le Psaume 21 (22) en latin :

Ps 21, 01 : In finem pro adsumptione matutina psalmus David.
Ps 21, 02 : Deus Deus meus respice me; quare me dereliquisti longe a salute mea verba delictorum meorum
Ps 21, 03 : Deus meus clamabo per diem et non exaudies et nocte et non ad insipientiam mihi
Ps 21, 04 : tu autem in sancto habitas Laus Israhel
Ps 21, 05 : in te speraverunt patres nostri speraverunt et liberasti eos
Ps 21, 06 : ad te clamaverunt et salvi facti sunt in te speraverunt et non sunt confusi
Ps 21, 07 : ego autem sum vermis et non homo obprobrium hominum et abiectio plebis
Ps 21, 08 : omnes videntes me deriserunt me locuti sunt labiis moverunt caput
Ps 21, 09 : speravit in Domino eripiat eum salvum faciat eum quoniam vult eum
Ps 21, 10 : quoniam tu es qui extraxisti me de ventre spes mea ab uberibus matris meae
Ps 21, 11 : in te proiectus sum ex utero de ventre matris meae Deus meus es tu
Ps 21, 12 : ne discesseris a me quoniam tribulatio proxima est quoniam non est qui adiuvet
Ps 21, 13 : circumdederunt me vituli multi tauri pingues obsederunt me
Ps 21, 14 : aperuerunt super me os suum sicut leo rapiens et rugiens
Ps 21, 15 : sicut aqua effusus sum et dispersa sunt universa ossa mea factum est cor meum tamquam cera liquescens in medio ventris mei
Ps 21, 16 : aruit tamquam testa virtus mea et lingua mea adhesit faucibus meis et in limum mortis deduxisti me
Ps 21, 17 : quoniam circumdederunt me canes multi concilium malignantium obsedit me foderunt manus meas et pedes meos
Ps 21, 18 : dinumeraverunt omnia ossa mea ipsi vero consideraverunt et inspexerunt me
Ps 21, 19 : diviserunt sibi vestimenta mea et super vestem meam miserunt sortem
Ps 21, 20 : tu autem Domine ne elongaveris auxilium tuum ad defensionem meam conspice
Ps 21, 21 : erue a framea animam meam et de manu canis unicam meam
Ps 21, 22 : salva me ex ore leonis et a cornibus unicornium humilitatem meam
Ps 21, 23 : narrabo nomen tuum fratribus meis in media ecclesia laudabo te
Ps 21, 24 : qui timetis Dominum laudate eum universum semen Iacob magnificate eum
Ps 21, 25 : timeat eum omne semen Israhel quoniam non sprevit neque dispexit deprecationem pauperis nec avertit faciem suam a me et cum clamarem ad eum exaudivit me;
Ps 21, 26 : apud te laus mea in ecclesia magna vota mea reddam in conspectu timentium eum
Ps 21, 27 : edent pauperes et saturabuntur et laudabunt Dominum qui requirunt eum vivent corda eorum in saeculum saeculi
Ps 21, 28 : reminiscentur et convertentur ad Dominum universi fines terrae et adorabunt in conspectu eius universae familiae gentium
Ps 21, 29 : quoniam Dei est regnum et ipse; dominabitur gentium
Ps 21, 30 : manducaverunt et adoraverunt omnes pingues terrae in conspectu eius cadent omnes qui descendunt in terram
Ps 21, 31 : et anima mea illi vivet et semen meum serviet ipsi
Ps 21, 32 : adnuntiabitur Domino generatio ventura et adnuntiabunt iustitiam eius populo qui nascetur quem fecit Dominus.

Gloria Patri et Filio et Spiritui Sancto, sicut erat in principio et nunc et semper et in saecula saeculorum. Amen.





La Catéchèse de Benoît XVI sur le Psaume 21 selon la tradition gréco-latine :

Chers frères et sœurs,

Dans la catéchèse d’aujourd’hui, je voudrais aborder un psaume aux fortes implications christologiques, qui revient continuellement dans les récits de la passion de Jésus, avec sa double dimension d’humiliation et de gloire, de mort et de vie. Il s’agit du psaume 22, selon la tradition juive, ou 21 selon la tradition gréco-latine, une prière implorante et touchante, d’une densité humaine et d’une richesse théologique qui en font l’un des Psaumes les plus appréciés et les plus étudiés de tout le Psautier. Il s’agit d’une longue composition poétique, et nous nous arrêterons en particulier sur sa première partie, centrée sur la lamentation, pour approfondir certaines dimensions significatives de la prière de supplication à Dieu. Ce Psaume présente la figure d’un innocent persécuté et entouré d’adversaires qui veulent sa mort ; et il a recours à Dieu dans une lamentation douloureuse qui, dans la certitude de la foi, s’ouvre mystérieusement à la louange. Dans sa prière, la réalité angoissante du présent et la mémoire réconfortante du passé s’alternent, dans une douloureuse prise de conscience de sa situation désespérée qui toutefois, ne veut pas renoncer à l’espérance. Son cri initial est un appel adressé à un Dieu qui apparaît loin, qui ne répond pas et qui semble l’avoir abandonné : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? Loin de me sauver, les paroles que je rugis ! Mon Dieu, le jour j’appelle et tu ne réponds pas, la nuit, point de silence pour moi » (vv. 2-3).

Dieu se tait, et ce silence déchire l’âme de l’orant, qui appelle sans cesse, mais sans trouver de réponse. Les jours et les nuits se succèdent, dans la recherche inlassable d’une parole, d’une aide qui ne vient pas ; Dieu semble si distant, si distrait, si absent. La prière demande une écoute et une réponse, sollicite un contact, cherche une relation qui puisse apporter réconfort et salut. Mais si Dieu ne répond pas, l’appel à l’aide se perd dans le vide et la solitude devient insupportable. Et pourtant, l’orant de notre Psaume, dans son cri, appelle par trois fois le Seigneur « mon » Dieu, dans un acte extrême de confiance et de foi. En dépit de toutes les apparences, le Psalmiste ne peut croire que le lien avec le Seigneur se soit totalement interrompu ; et tandis qu’il demande la raison d’un présumé abandon incompréhensible, il affirme que « son » Dieu ne peut l’abandonner. Comme on le sait, le cri initial du Psaume : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » est reporté par les Evangiles de Matthieu et de Marc comme le cri lancé par Jésus mourant sur la croix (cf. Mt 27, 46 ; Mc 15, 34). Celui-ci exprime toute la désolation du Messie, Fils de Dieu, qui affronte le drame de la mort, une réalité totalement opposée au Seigneur de la vie. Abandonné quasiment par tous les siens, trahi et renié par ses disciples, encerclé par ceux qui l’insultent, Jésus se retrouve sous le poids écrasant d’une mission qui doit passer par l’humiliation et l’anéantissement. C’est pourquoi il crie au Père, et sa souffrance est exprimée par les paroles douloureuses du Psaume. Mais son cri n’est pas un cri désespéré, de même que ne l’était pas celui du Psalmiste, qui dans sa supplication parcourt un chemin tourmenté qui débouche toutefois à la fin sur une perspective de louange, dans la confiance de la victoire divine. Etant donné que selon l’usage juif, citer le début d’un Psaume impliquait une référence au poème tout entier, la prière déchirante de Jésus, tout en maintenant sa charge d’indicible souffrance, s’ouvre à la certitude de la gloire. « Ne fallait-il pas que le Christ endurât ces souffrances pour entrer dans sa gloire ? », dira le Ressuscité aux disciples d’Emmaüs (Lc 24, 26). Dans sa passion, en obéissance au Père, le Seigneur Jésus traverse l’abandon et la mort pour arriver à la vie et la donner à tous les croyants.

A ce cri initial de supplication, dans notre Psaume 22, fait suite, dans un contraste douloureux, le souvenir du passé : « En toi nos pères avaient confiance, confiance, et tu les délivrais, vers toi ils criaient, et ils échappaient, en toi leur confiance, et ils n’avaient pas honte » (vv. 5-6). Ce Dieu qui aujourd’hui apparaît si éloigné au Psalmiste, est toutefois le Seigneur miséricordieux qu’Israël a toujours connu dans son histoire. Le peuple auquel l’orant appartient a été objet de l’amour de Dieu et peut témoigner de sa fidélité. En commençant par les patriarches, puis en Egypte et pendant le long pèlerinage dans le désert, durant le séjour en terre promise au contact de populations agressives et ennemies, jusqu’à l’obscurité de l’exil, toute l’histoire biblique a été une histoire d’appels à l’aide de la part du peuple, et de réponses salvifiques de la part de Dieu. Et le Psalmiste fait référence à la foi inébranlable de ses pères qui eurent « confiance » — ce mot est répété trois fois — sans jamais être déçus.

A présent toutefois, il semble que cette chaîne d’invocations confiantes et de réponses divines se soit interrompue ; la situation du Psalmiste semble nier toute l’histoire du salut, rendant encore plus douloureuse la réalité présente. Mais Dieu ne peut pas se contredire, et voilà que la prière décrit à nouveau la situation difficile de l’orant, pour induire le Seigneur à avoir pitié et intervenir, comme il l’avait toujours fait par le passé. Le Psalmiste se définit « ver et non pas homme, risée des gens, mépris du peuple » (v. 7), il est moqué, bafoué (cf. v. 8) et blessé dans sa foi : « Il s’est remis au Seigneur, qu’il le délivre ! qu’il le libère, puisqu’il est son ami ! » (v. 9), disent-ils. Sous les coups goguenards de l’ironie et du mépris, il semble presque que le persécuté perde ses traits humains, comme le Serviteur souffrant représenté dans le Livre d’Isaïe (cf. Is 52, 14 ; 53, 2b-3). Et comme le juste opprimé du Livre de la Sagesse (cf. 2, 12-20), comme Jésus sur le Calvaire (cf. Mt 27, 39-43), le Psalmiste voit remis en question son rapport avec son Seigneur, dans l’insistance cruelle et sarcastique de ce qui le fait souffrir : le silence de Dieu, son apparente absence. Pourtant Dieu a été présent dans l’existence de l’orant à travers la proximité et une tendresse incontestables. Le Psalmiste le rappelle au Seigneur : « C’est toi qui m’as tiré du ventre, ma confiance près des mamelles de ma mère ; sur toi je fus jeté au sortir des entrailles » (vv. 10-11a). Le Seigneur est le Dieu de la vie, qui fait naître et accueille le nouveau-né et en prend soin avec l’affection d’un père. Et si auparavant il avait été fait mémoire de la fidélité de Dieu dans l’histoire du peuple, à présent l’orant ré-évoque sa propre histoire personnelle de rapport avec le Seigneur, en remontant au moment particulièrement significatif du début de sa vie. Et là, malgré la désolation du présent, le Psalmiste reconnaît une proximité et un amour divins si radicaux qu’il peut dès lors s’exclamer, en une confession pleine de foi et génératrice d’espérance : « Dès le ventre de ma mère, mon Dieu c’est toi » (v. 11b). La plainte devient à présent une supplique véhémente : « Ne sois pas loin : proche est l’angoisse, point de secours ! » (v. 12).

La seule proximité que le Psalmiste perçoit et qui l’effraie est celle des ennemis. Il est donc nécessaire que Dieu se fasse proche et le secoure, parce que les ennemis entourent l’orant, ils l’encerclent, et ils sont comme de puissants taureaux, comme des lions qui sortent leurs griffes pour rugir et déchiqueter (cf. vv. 13-14). L’angoisse altère la perception du danger, en l’agrandissant. Les adversaires apparaissent invincibles, ils sont devenus des animaux féroces et très dangereux, tandis que le Psalmiste est comme un petit ver, impuissant, sans aucune défense. Mais ces images utilisées dans le Psaume servent aussi à dire que lorsque l’homme devient brutal et agresse son frère, quelque chose d’animal s’empare de lui, il semble perdre toute apparence humaine ; la violence a toujours en soi quelque chose de bestial et seule l’intervention salvifique de Dieu peut rendre l’homme à son humanité. A présent, pour le Psalmiste, objet d’une si féroce agression, il semble ne plus y avoir d’issue, et la mort commence à s’emparer de lui : « Comme l’eau je m’écoule et tous mes os se disloquent mon palais est sec comme un tesson, et ma langue collée à ma mâchoire ils partagent entre eux mes habits et tirent au sort mon vêtement. » (vv. 15.16.19). Avec des images dramatiques, que nous retrouvons dans les récits de la passion du Christ, est décrite la désagrégation du corps du condamné, la soif insupportable qui tourmente le mourant et qui trouve un écho dans la demande de Jésus « J’ai soif » (cf. Jn 19, 28), pour arriver au geste définitif des bourreaux qui, comme les soldats sous la croix, se partagent les vêtements de la victime, considérée comme déjà morte (cf Mt 27, 35 ; Mc 15, 24 ; Lc 23, 34 ; Jn 19, 23-24).

Voilà alors, pressant, à nouveau l’appel au secours : « Mais toi, Seigneur, ne sois pas loin, ô ma force, vite à mon aide Sauve-moi » (vv. 20.22a). C’est un cri qui entrouvre les cieux, parce qu’il proclame une foi, une certitude qui va au-delà de tout doute, de toute obscurité et de toute désolation. Et la plainte se transforme, laisse la place à la louange dans l’accueil du salut : « J’annoncerai ton nom à mes frères, en pleine assemblée je te louerai » (vv. 22c-23). Ainsi le Psaume s’ouvre à l’action de grâce, au grand hymne final qui implique tout le peuple, les fidèles du Seigneur, l’assemblée liturgique, les générations futures (cf. vv. 24-32). Le Seigneur est accouru à l’aide, il a sauvé le pauvre et lui a montré son visage de miséricorde. Mort et vie se sont croisées en un mystère inséparable, et la vie a triomphé, le Dieu du salut s’est montré le Seigneur incontesté, que tous les confins de la terre célébreront et devant lequel toutes les familles des peuples se prosterneront. C’est la victoire de la foi, qui peut transformer la mort en don de la vie, l’abîme de la douleur en source d’espérance. Très chers frères et sœurs, ce Psaume nous a conduit sur le Golgotha, au pied de la croix de Jésus, pour revivre sa passion et partager la joie féconde de la résurrection. Laissons-nous donc envahir par la lumière du mystère pascal même dans l’apparente absence de Dieu, même dans le silence de Dieu et, comme les disciples d’Emmaüs, apprenons à discerner la vraie réalité au-delà des apparences, en reconnaissant le chemin de l’exaltation précisément dans l’humiliation, et la pleine manifestation de la vie dans la mort, dans la croix. Ainsi, en plaçant toute notre confiance et notre espérance en Dieu le Père, lors de toute angoisse nous pourrons le prier nous aussi avec foi, et notre appel à l’aide se transformera en chant de louange. Merci.

Benoît XVI - 14 septembre 2011